Les espaces de coworking utilisent les monnaies alternatives pour développer la communauté 2


LE POINT DE VUE VALEUREUX
Beth Buczynski apporte ici du moulin à notre perception de la justesse et de la nécessité du dispositif Wezer. Plusieurs exemples d’espace de coworking, qui ont intégré une ou des monnaies complémentaires à leur offre de coopération, démontrent le réel dynamisme créé dans les interactions entre les membres et dans leurs propres projets. Dans cette période de récession monétaire, les coworkers déjà porteurs de valeurs coopératives (partage, économie locale et collaboration) et déjà en communauté, sont très bien placés pour mettre en place des systèmes d’échange et de reconnaissance local et adapté.  C’est ce que propose Wezer, un dispositif économique et organisationnel pour dynamiser la coopération inter-membres !

Les espaces de coworking utilisent les monnaies alternatives pour développer la communauté
Beth Buczynski – Shareable – 18/12/2013 –  Source

 

Pour que le partage soit une alternative performante par rapport au statu quo actuel, il faut un ingrédient important : les gens. Partager nécessite une communauté passionnée et motivée, qu’elle soit physique ou numérique.
C’est pourquoi nous avons souvent dit que les espaces de coworking sont bien placés pour devenir des hubs pour les autres types de partage. Ces communautés professionnelles servent déjà de havres pour les gens qui croient dans les idées farfelues comme l’indépendance de carrière, la collaboration et l’économie locale. Les coworkers sont déjà habituer à se réunir pour échanger des idées, partager des feedbacks, et tirer parti de leur pouvoir citoyen dans les épargnes et l’innovation. La nature des espaces de coworking et des personnes qui choisissent d’y travailler fait de ces communautés un sol fertile pour de nouveaux types de consommation collaborative.

Récemment, des espaces de coworking dans le monde entier ont commencé à déborder dans une autre alternative économico-locale – les monnaies alternatives et complémentaires. Ce sont des unités réelles de valeur qui peuvent être échangés pour des biens et services, seulement ils ne sont pas créés par la Réserve Fédérale ou tout autre organisme du gouvernement – ils sont créés par les gens pour les gens.

Comme l’a écrit Mira Luna de Shareable en 2011, « Les monnaies locales se développent généralement pour une des deux raisons – le désir de contrôle économique local (pour une variété de raisons, de la démocratie à la durabilité et à la justice sociale), et une rareté de la monnaie nationale ». Dans cette tendance la plus récente, nous voyons des espaces de coworking utiliser, et dans certains cas même créer, de nouvelles monnaies pour une troisième raison – construire des liens communautaires forts et encourager la coopération entre les membres .

Alors que certaines monnaies alternatives fonctionnent plus comme les Banques du Temps, dont les heures de service fournis vous font gagner un certain montant en dollar, d’autres fonctionnent parallèlement aux monnaies traditionnelles, avec une valeur réelle qui peuvent être échangés dans les banques locales.

Dans les deux cas , ces solutions sont des alternatives au pouvoir gouvernemental d’allouer les dépenses monétaires au niveau local parmi les entreprises et les entrepreneurs qui en ont le plus besoin. Au lieu d’être siphonnées vers les comptes bancaires des conglomérats internationaux , les unités locales circulent sans fin dans leur quartier sans perdre de valeur.

C’est cet accent mis sur l’économie locale, ainsi que sur les intentions de dépenses et d’investissements, qui rend les monnaies alternatives si attractives pour la communauté mondiale de coworking – celle-ci mettant l’accent sur la transparence, la durabilité et la collaboration. Un nombre croissant d’espaces sont à la recherche de ces monnaies comme un moyen de poursuivre le processus de construction de la communauté qui a commencé lorsqu’ils ont ouvert leurs portes. Grâce à l’utilisation de quelque chose d’autre que le dollar, ils encouragent les membres à s’engager, partager, et généralement se bénir l’un l’autre.

Les espaces de Coworking deviennent créatifs avec les monnaies
Au Locus Workspace de Prague, non pas une mais deux monnaies alternatives font récemment parties de la communauté. La première est Bitcoin, une monnaie électronique open source peer-to-peer avec un réseau de paiement, mise en place en 2009 par le développeur pseudonyme « Satoshi Nakamoto ». Les Bitcoins sont achetés et vendus à un prix variable sur la valeur des autres monnaies, et ils peuvent être échangés contre des biens et des services par un commerçant ayant choisit de les accepter. Un ancien membre de Locus, très actif dans le monde Bitcoin, a partagé sa passion pour cette monnaie alternative avec les autres membres. Ils ont suggéré que l’espace offrait un terrain d’essai pour les petits achats, comme les boissons et les collations. Finalement, cela s’est traduit par environ 1 919 Bitcoins dans le coffre de Locus. Lorsque la valeur de Bitcoin est monté en flèche, ceci est monté à plus de 4 000 CZK (ce qui ne se serait jamais produite avec la monnaie traditionnelle) !

La deuxième monnaie a été créé par les membres de Locus eux-mêmes, et est appelé de manière appropriée ‘Locus Laughs’ (rires Locus) ou LOL. « Dès le début nous avons voulu faciliter la collaboration et le travail d’équipe, mais comme nous travaillons tous pour des organisations différentes, ce fut un défi de trouver comment récompenser ces contributions », explique Will Bennis, propriétaire du Locus Workspace. « Un défi a été de trouver comment maintenir les bons contrats en dehors du domaine financier, d’encourager la bonne volonté à donner à la collectivité, tout en étant capable d’en dire plus que simplement merci à ceux qui vont au-delà de ce qui est attendu d’un membre de la communauté. Une monnaie locale semblait un moyen amusant d’expérimenter cela ».

« Fun » étant le mot clé : Locus ne cherche pas à remplacer l’argent (pas encore), plutôt à apporter un peu de légèreté dans l’espace de coworking tout en remettant en question les concepts traditionnels de valeur et de récompense. La monnaie LOL a une valeur monétaire réelle, au moins dans le monde de Locus Workspace, où il y a des prix exprimés en unités liées à la Couronne tchèque (10 LOL = 1 CZK). « Ceci explique seulement comment les membres peuvent utiliser LOL pour acheter des biens et des services de Locus, pas comment Locus détermine leurs attributions aux membres », explique Bennis. « Pour la plupart  c’est une question de jugement. Les nouveaux membres reçoivent 500 LOL juste pour les aider à démarrer comme un remerciement à rejoindre l’espace de travail. Après cela, la monnaie est attribuée subjectivement sur ​​la base des actes accomplis dans la communauté. »

Il y a environ 18 mois, l’espace de coworking polonais Wspolpracownia a lancé un système similaire destiné à encourager les interactions entre les membres et la communauté au sens large. Les trocs et les dons au sein du programme accumulent des points qui peuvent ensuite être échangés contre des biens et des services des participants. Dans un premier temps, le programme a été géré par une simple feuille de calcul, mais récemment Wspolpracownia a mis en œuvre un système automatisé conçu avec l’aide de Community Forge. Ceci est intégré avec le logiciel CiviCRM pour faciliter les achats groupés auprès d’une coopérative d’aliments biologiques membre de la communauté.

Le choix de Locus d’accepter les Bitcoins semble commun maintenant, mais c’était il y a seulement huit mois que LaunchCo fut le premier espace de coworking européen à accepter cette monnaie. Selon le magazine Deskmag, « La Matrice » en France, « Le HUB » à Bruxelles et « LAUNCH/CO” à Berlin ont également expérimenté les deux monnaies numériques ainsi que des systèmes d’échange de maison qui encouragent la réciprocité entre les membres. « THINKFARM » et « Agora Collective » à Berlin, « Combobox » et « Discovery Station » en Italie, « La Mutinerie » à Paris, sont impliqués dans le développement d’Evergreen , une monnaie numérique adossée à des actifs durable qui offre des paiements gratuits instantanés et du marketing en réseau.

Bien que les monnaies numériques existantes comme Bitcoin et les solutions alternatives maison comme LOL rendent facile la compréhension d’une économie dépourvue d’argent traditionnel, des espaces de coworking sont allés plus loin en ne se souciant d’aucune monnaie.

Gangplank (qui exploite cinq espaces de coworking en Amérique du Nord) s’est longtemps démarqué de la communauté mondiale de coworking par son refus de facturer même une cotisation modeste aux membres. « Lorsque l’argent est impliqué, les programmes sont loin derrière », explique Derek Neighbors, l’un des fondateurs de l’espace. « En passant à un modèle de ‘payer avant’ au lieu d’un modèle ‘payer cela’, il transforme les relations en communauté ».

Cette théorie fait effectivement sens quand on considère la façon dont nous justifions les choses dans nos propres esprits. Si je paie ma cotisation à l’heure, il n’y a rien pour m’empêcher d’utiliser l’espace de manière totalement égoïste – après tout, je satisfais les paramètres du contrat, non ? Toutefois, si au lieu d’une taxe monétaire, il y a une attente que j’interagisse et investisse dans la communauté pour ‘payer’ pour mon utilisation des installations, il devient rapidement inconfortable de ne pas le faire.

L’intelligence simple de ce ‘système d’honneur’ est confirmée quotidiennement à Gangplank. « Il n’y a pas de suivi », explique Neighbors. « Il y a des choses qui doivent être faites et les gens les font. Si elles ne sont pas faites, les gens vont faire un pas ou se renseigner de manière appropriée. Pour certaines choses, les gens s’auto-organisent pour résoudre les problèmes. C’est possible d’être un membre et ne pas contribuer, mais nous constatons que si vous ne contribuer en rien, le plus souvent vous cessez de venir. Une certaine auto-sélection existe ».

Une autre organisation qui a augmenté l’adhésion payante avec une monnaie sociale est Seats2Meet (S2M). Fondée aux Pays-Bas en 2005 avec seulement une dizaine de personnes, S2M est passé à 250 utilisateurs dans le premier mois, et a été en croissance exponentielle depuis. Voici pourquoi : beaucoup de ceux qui utilisent le service appelé « knowmads », payent l’accès en partageant leurs talents et leurs connaissances. Les fondateurs appellent ce type de monnaie « capital social ».

«  … Vous pouvez créer de la valeur dans tout lieu physique, aussi longtemps que vous êtes connectés », a déclaré Ronald van den Hoff le cofondateur de S2M à Shareable plus tôt cette année. « Beaucoup de gens sous-estiment [le capital social] et nous voyons ceci particulièrement dans les sociétés traditionnelles, où les membres réservent des salles de réunion et des espaces de bureau juste pour entrer en contact entre eux ». Il lance un service similaire appelé The Serendipity Machine  en janvier pour faciliter des interactions sociales plus bénéfiques dans les espaces de travail de toutes sortes, y compris les bureaux de sociétés privées.
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Collective Self, un espace de coworking à domicile à Seattle, fonctionne sous un système similaire d’équité sociale et de dons. « L’idée que les gens devraient payer pour [l’accès à l’espace] me paraît bizarre », admet Lori Kane, auteur et opérateur de l’espace. Contrairement à LOL ou Bitcoin, il n’y a pas de système de comptabilité pour cette mini-économie du don, « L’espace est un cadeau et les personnes s’y présentant sont aussi un don… Il est impossible pour un membre d’utiliser l’espace sans y contribuer », explique Kane.
« Les gens sont une richesse d’informations, de compétences, de connaissances, de conseils, d’astuces, de nourriture, de boissons, de rires, d’histoires et d’idées. Toutes les personnes qui ont traversé cette porte depuis Février 2012 ont généreusement partagé tout ce qu’ils pouvaient, et beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais. Souvent, les gens apportent également des cadeaux physiques, comme le thé, le café, des snacks, desserts , des livres, ainsi que les offres directes de leurs propres compétences professionnelles ».

Ces exemples de monnaies alternatives peuvent sembler un peu utopiques, mais il n’y a absolument aucune raison qu’elles ne puissent pas fonctionner à travers la communauté mondiale de coworking, y compris l’espace dans votre ville. Comme je l’ai écrit dans mon livre, Sharing is Good, la monnaie ne détermine pas la valeur d’une chose, nous déterminons la valeur de la monnaie. Les Dollars (ou yen ou euros) sont seulement des représentations d’une idée de la valeur, pourtant nous passons notre vie à nous asservir et à se serrer la ceinture afin d’en recueillir le plus grand nombre possible. Une fois que nous réalisons que le commerce peut continuer, quelque soit l’unité de valeur que nous choisissons, une nouvelle économie est possible.

Conseils sur les monnaie alternative pour les espaces de Coworking
Cela ne veut pas dire que vous pouvez payer vos factures de services publics avec LOL (pas encore !) ou que la mise en œuvre d’une monnaie alternative n’est pas sans défis. Les bonnes nouvelles sont que la nature ouverte et démocratique de la plupart des espaces de coworking permet aux gens eux-mêmes d’innover dans les solutions.

« Commencez petit, grandir progressivement », conseille Joel Dietz, fondateur d’Evergreen. « Construire sur la base des relations humaines. Pensez-y comme une communauté que vous essayez de cultiver plutôt que comme une monnaie. Vous allez naturellement développer votre entreprise au fur et à mesure que vous projetez de l’énergie positive et que vous priorisez les besoins de vos clients. »

Encourager les membres à être ouvert sur ​​les besoins autant que sur les ressources. « Le défi est que le concept est si étranger à de nombreuses personnes, qu’il est souvent difficile pour eux de s’engager dans un premier temps », explique Neighbors. « … signalez souvent ce que vous voulez et ce dont vous avez besoin. Le corollaire est que, si vous pouvez répondre au désir ou au besoin de quelqu’un, vous devriez faire au mieux de votre capacité ».

Surveillez votre attitude. « Par des services enrichissants en monnaie, même en monnaie locale ou numérique, cela apporte toujours une sorte de valeur ‘économie de marché’ au comportement que nous préférerions garder plus dans le domaine moral », reflète Bennis. « Beaucoup de bonnes actions passent inaperçues et beaucoup de bonnes actions ne sont pas nécessairement à récompenser. Ce serait une honte si les membres ne se sentaient pas appréciés parce qu’ils n’ont pas reçu le nombre de LOL qu’ils pensait, ou qu’ils préfèrent ne pas faire quelque chose pour la communauté parce qu’ils ne veulent pas participer à ce jeu de monnaie (un résultat potentiel de cette expérience de monnaie à l’opposé des conséquences souhaitées). »

Utilisez-vous une monnaie alternative dans votre communauté, espace de coworking ou autre ? S’il vous plaît partager à ce sujet dans les commentaires ! Et si vous êtes intéressé à lancer une monnaie alternative, consultez les articles utiles ci-dessous :
How to Start A Community Currency? (Comment démarrer une monnaie communautaire ?)
Can Local Currencies be the Foundation for the Sharing Economy? (Les monnaies locales peuvent-elles le fondement de l’économie de partage ?)
Culture Coin: An Alternative Currency to Sustain Artists (Culture Coin : une devise alternative pour soutenir des artistes)
Complementary Currency Rejuvenates Kenyan Slum…and Draws Charges of Terrorism (Une monnaie complémentaire revitalise un bidonville au Kenya… et subit des accusations de terrorisme)


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