Les Communs en Catalogne


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Rencontre Procommuns Barcelone du 11 au 13 mars 2016

Une nombreuse assemblée catalanes, espagnoles et internationales s’est retrouvée dans les beaux locaux de Activa (coworking space municipal) pour partager les avancées sur les Communs et surtout faire des recommandations à la Mairie de Barcelone.

Avec délice j’ai pu comprendre autant l’anglais, l’espagnol que catalan. Pour la première fois, j’ai perçu la réelle possibilité de voir manifester ce que nous portons et prônons. Après des années de recherche, on dirait que le temps de la mise en œuvre est venu.

Les acteurs de la ville avaient préparé plusieurs recommandations que nous avons améliorées dans chaque session, puis votées. A la suite de cette rencontre, elles sont publiées sur la plateforme participative où tous les Barcelonais peuvent commenter, amender et voter. Au fil du temps, elles seront appliquées par la municipalité.

Christian Iaione nous a parlé des expérimentations de Bologne, où la participation citoyenne est guidée par un expert, avec ses réussites et ses doutes. Jennifer Kang a partagé l’expérience top-down de Séoul, Benedetta Brighent son œuvre d’inspiration au sein de l’UE en tant que représentante régionale de Castelnuovo Rangone (Modena, Italy). et Prodromos Tsiavos l’expérience bottom-up de Grèce.

Il est notable que plusieurs approches et processus sont testés et qu’un mix de bottom-up et top-down ainsi qu’une adaptation au contexte soit appropriée pour garantir le succès et la pérennité. Plus nous essaierons plus nous réussirons !

Par exemple l’expérience FLOK en Equateur a permis, malgré son arrêt brutal, d’inspirer et d’essaimer en Equateur et au-delà. L’important est de partager les leçons, les succès et les échecs. Comme en agro-écologie, il est bon de recycler les projets morts ou avortés afin qu’ils fertilisent les prochains.

Cela me réjouit de penser que les institutions publiques puissent (à nouveau) servir le Bien Commun au lieu des intérêts privés, et que les citoyens dépassent leur égoïsme compensé par leurs impôts, pour redevenir contributeurs et donc responsables des communs. Il me semble qu’après la conscience enfantine où nous nous remettions au « papa roi » des monarchies, puis celle adolescente où nous nous rebellions contre le « père état » tout en continuant à dépendre de lui, nous devenons adulte et partageons les responsabilités.

 

« La technologie c’est politique ! » Samer Hassan. Bien sûr une pléthore d’outils informatiques a été présentée, avec une profonde conscience de l’urgence de fournir une alternative à la fausse économie collaborative, « Netarchie » qui nous pille sous prétexte de services gratuits. Il est entendu que l’open-source est plus résilient car la pérennité des systèmes ne dépend pas d’une seule entreprise privée qui peut défaillir ou changer d’avis à tout moment. Réalisons nous combien nous perdrions de nos données si Google ferme ?

Ira Bolychevsky maintient une liste des applications open-source décentralisées (redecentealized.org) qui atteint déjà 200 projets. Leur diversité créée de l’éparpillement et de la confusion, selon Ira il serait bon de coordonner, reconnaître et financer les projets existants avant d’en initier d’autres. Elle lance une association d’utilisateurs pour tester, comparer et rendre visible tous ces projets (comme notre projet de PTCE La Fabrique des Communs Numériques !). L’analyse générale est qu’il y a un fort marché pour fournir des applications où les données seront sauves et sous le contrôle de leurs créateurs, et un fort besoin d’améliorer l’accès, la crédibilité et l’usabilité des logiciels open-source. il y a aussi un risque de prise de pouvoir par les informaticiens – mais en fait c’est déjà le cas et par une très petite communauté d’experts, donc l’ouverture à l’open-source agrandira cette communauté ce qui nous espérons facilitera sa bienveillance.

 

Ce qui est appréciable à Barcelone c’est qu’il ne mise pas tout sur le numérique. La participation citoyenne est facilitée par la plateforme, articulée par de nombreux groupes locaux et soutenue par de l’éducation populaire. Une prochaine étape, selon moi, serait de reconnaître la contribution de ses citoyens… Peut-être que les projets de monnaie complémentaire soutiendront cette idée.

Nous avons transmis des recommandations sur l’usage de l’open-source par les collectivités locales dont je rêve qu’elles soient appliquées en France :

  • Financer au minimum 50% du budget informatique en open-source puis de plus en plus
  • Acheter seulement du matériel qui est compatible avec les logiciels open-source (HP plutôt que EPSON !)
  • Diffuser l’information et les savoir-faire au sein des bibliothèques, des écoles, des centres sociaux…
  • Utiliser les media pour sensibiliser et éduquer
  • Créer un centre de ressources pour aider les utilisateurs à trouver les logiciels selon leurs besoins avec une plate-forme participative pour rendre visible et évaluer les logiciels open-source (selon ressemble bien au PTCE « La Fabrique des Communs Numériques» en cours de création par Valeureux, R2K, Coopaname, Happy-Dev, Finacoop…)
  • Avec l’argent économisé sur l’achat des prestations informatiques, soutenir des projets où les jeunes transmettent l’open-source aux anciens
  • Inciter les associations financées par la ville à utiliser l’ open-source

 

L’économie des Communs semble inclure et transcender les mouvements d’économies collaboratives, circulaires, féministes, positives, dès lors que la notion d’économie régénérative, ou de « economía de cuidados » est intégrée. En effet la contribution aux travaux domestiques est un commun et est gérée en commun depuis toujours, surtout par les femmes, même si les hommes s’y mettent de plus en plus. Il semble que les deux pans de l’économie : productive/extractive et régénérative sont indispensables et complémentaires et qu’une économie des Communs ne pourra faire l’impasse de reconnaître les contributions domestiques. Comment certains pourraient ils contribuer aux communs ‘extérieurs’ (logiciels, jardin partagée, démocratie..) si d’autres ne s’occupent pas des enfants, des relations, des maisons ? Ce sujet paraît encore délicat, avec une inconnue quant au mode de reconnaissance des contributeurs domestiques. Un prochain pas sera de regrouper ces commoners pour révéler la façon appropriée de valoriser leurs apports aux Communs.

 

Scenario incluant pour Teris

J’ai proposé une session participative sur la FarmLab TERIS en tant que cas de mise en commun d’une propriété privée achetée en SCI, nourrie par une Association et habitée par des locataires.

Je proposais notamment 2 options possibles :

  1. les contributions des commoners leur donnant peu à peu des parts de la SCI
  2. les contributions des commoners donnant peu à peu à l’association des parts de la SCI.

Dans la 1ère option l’avantage est de pouvoir revendre ses parts en cas de départ et donc d’avoir de l’argent pour son prochain projet, l’inconvénient est qu’il faut compter les contributions individuellement et rendre légales leur transformation en parts sociales.

L’intelligence collective a œuvré et une solution englobante est apparue : l’association deviendra peu à peu propriétaire (option 2) ET soutiendra les projets ‘coopératifs’ des partants (option 1). Ainsi on peut avoir des sous pour son prochain projet s’il n’est pas égoïste !

La création de nouvelles parts dépendra de l’amélioration du patrimoine et sera de l’apport en nature ou en matériaux. Libre ensuite aux commoners de tracer leurs contributions pour pouvoir les reconnaître et peut-être les valoriser pour les échanger entre eux ou avec d’autres collectifs.

 

 

Rencontre avec Marti Olivella et Itziar Gonzalez Virós, les héros de la démocrati

J’ai retrouvé mon ami Marti, héros de la révolution anti-franquiste, pour améliorer mon utilisation de la méthode de délibération en grandes assembl2es « Delibera » lors d’un de ses ateliers d’éducation populaire pour les citoyens catalans. Passionnant de voir les gens se responsabiliser et apprendre comment parler et s’organiser ensemble !

Nous avons déjeuné avec ses amis de la « démocratie équilibrée » dont Itziar la conseillère municipale qui a dit «non» à la corruption. Ils mettent en place une 3é chambre « le parlement citoyen » afin d’inclure la démocratie participative, à celle directe et représentative. Nous avons échangé nos ressources, et les jeux de Valeureux vont être utilisés pour l’éducation populaire à la citoyenneté, l’économie et l’intelligence collective.

 

 

Susana et Eurocat

Susana Martin Belmonte, économiste spécialiste d’une économie équilibrée et des monnaies complémentaires m’a hébergée et nous avons pu discuter de longues heures pour échanger nos actualités. Elle met en place le système monétaire « Eurocat » pour les entreprises catalanes. Sans euros bloqués dans une banque, elle a développé une manière de créer la confiance adossée à un crédit mutuel (ou chambre de compensation).

taille et confiancePour palier au dilemme de la nécessité d’une grande communauté pour avoir suffisamment de diversité et de quantité d’offres et de dema
ndes, et de l’impossibilité d’utiliser une monnaie non garantie par l’état par manque confiance à ceux qu’on ne connaît pas, elle propose d’utiliser 2 systèmes de comptabilité. Un crédit mutuel classique et un système de garantie mutuelle qui détermine la possibilité de crédit. Pour accroitre son crédit il faudra obtenir et donner des garanties à ces proches. En cas de défaut, ce sont les garants qui paieront, et comme ils sont nombreux et attentifs, cela n’arrivera guère ou sera distribué entre eux.

 

Elle a aussi conquis un fournisseur d’électricité qui s’engage à ce qu’1/3 des factures des entreprises puissent être payés en Eurocat. Garantir la possibilité de grandir sans perdre la confiance ET la possibilité de payer des choses indispensables avec cette monnaie me paraît une très bonne combinaison pour créer des monnaies locales sans avoir à bloquer des euros à la banque !

Je vous en dis plus dès qu’elle a publié…

http://www.llibertat.cat/2014/05/eurocat-new-catalan-currency-26137

https://www.youtube.com/watch?v=7mOUuXReX_g

 

Je lui ai partagé l’architecture monétaire proposée par Stéphane Laborde basée sur la Théorie de la Relativité. Elle a bien résonné et va regarder plus…

http://www.creationmonetaire.info/

 

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